Plaidoyer d’un jeune africain à l’occasion de la Journée Internationale de la jeunesse 

La jeunesse africaine, ce sont ces jeunes qui sont déterminés à se faire une place au soleil, mais ce sont aussi ces gens qui ne croient plus en la notion de progrès. Ce sont ces jeunes qui font preuve d’un engagement social remarquable, convaincus  que le développement ne se fera pas sans les initiatives citoyennes ; Mais ce sont aussi ces jeunes qui croisent les bras, pensant que tout viendra de l’Etat.                                                                                                                                                                                          La jeunesse africaine, ce sont ces jeunes, désespérés, qui embarquent régulièrement dans des bateaux de fortune en direction de l’Europe ; Mais ce sont aussi ces jeunes qui croient qu’il est encore possible de réussir en Afrique. Ce sont ces jeunes qui arrivent à se faire un nom dans l’entrepreneuriat ; Mais ce sont aussi ces jeunes dont les projets ne se concrétisent pas par manque de financement.                                                                                                                                                                   La jeunesse africaine, ce sont ces jeunes qui accèdent à des postes de responsabilités dans les parlements, les gouvernements, dans les conseils d’administration ; Mais ce sont aussi ces jeunes dont les idées ne sont pas véritablement prises en compte dans les sphères de décision tant nationales qu’internationales.  Ce sont ces jeunes qui se forment pour être ingénieurs, médecins, avocats ; Mais ce sont aussi ces jeunes qui n’ont pas eu la chance d’aller à l’école.                                                                                                                                                                                 La jeunesse africaine est cette jeunesse qui est omniprésente dans les discours officiels mais qui, en pratique, peine à gagner toute l’attention qu’elle mérite. C’est cette jeunesse de qui l’on dit qu’elle est l’avenir, pendant que cette même jeunesse, en proie au chômage, a dû mal à imaginer l’avenir.

La jeunesse africaine c’est cette jeunesse dont on parle beaucoup mais en faveur de qui on agit souvent peu ; C’est cette jeunesse dont on vante tellement les talents, la créativité, sans pour autant mettre à sa disposition les moyens/cadres/politiques dont elle a besoin pour déployer pleinement son potentiel. Cette jeunesse qui, parfois, n’est même pas associée aux discussions la concernant en premier chef.

Pourtant, les attentes vis-à-vis de la jeunesse sont immenses, multiples et multiformes. Ne dit-on pas que l’ânesse met bas pour que son dos se repose ? On attend de la jeunesse qu’elle soit au cœur du processus de développement de l’Afrique, qu’elle en soit le fer de lance. La jeunesse, de chaque pays, doit réinterroger les fondements même du modèle social dudit pays afin d’améliorer ce qui doit l’être. L’Afrique voudrait voir sa jeunesse être en avant-garde s’agissant de la préservation de l’environnement, l’amélioration des conditions de vie des femmes, l’accès à l’eau potable et à l’énergie, l’accès à un emploi décent; La jeunesse actuelle est censée faire aboutir les chantiers qui ont déjà été amorcés par les devanciers dans différentes secteurs : éducation, santé, infrastructures, agriculture,… La société toute entière espère en la jeunesse, en sa capacité à innover, à porter des projets ambitieux en vue de l’éradication de la pauvreté et la réduction des inégalités. On n’imagine personne d’autre que les jeunes développer des industries de demain et penser les technologies du futur. Toute nation qui enfante des fils et filles attend d’eux qu’ils soient responsables, pétris de valeurs, remplis du sens du devoir, cela est légitime; Il y va de son honneur. Et notre génération doit ainsi faire honneur à l’Afrique.

Cependant, ne nous leurrons pas : s’il n’y a pas de « input », il n’y aura pas de « output ». C’est-à-dire que ce qui sortira de la jeunesse africaine est largement fonction de ce que l’on a investi en elle. Notre génération ne réussira pas à relever les différents défis comme par coup de baguette magique ; Il faudrait, au préalable, qu’elle en ait les moyens, la capacité. En réalité, ce que nous jeunes demandons, ce n’est pas que tout nous soit servi sur un plateau d’argent ; Ce serait bien trop facile et de toute façon, dans ce cas, aux yeux de l’histoire, nous n’aurons aucun mérite-l’histoire juge chaque génération en fonction du plus qu’elle a apporté. De Dakar à Djibouti, de Johannesburg à Casablanca, tout ce que nous jeunes voulons, ce sont des conditions favorables (créées par des politiques de jeunesse bien mûries, efficaces et efficientes) sur lesquelles nous pouvons nous appuyer pour prendre la relève et poursuivre l’œuvre d’édification de l’Afrique. Je demeure profondément convaincu que si nos pays offrent de meilleures perspectives aux jeunes, ces derniers offriront de meilleures perspectives au continent.

Enfin, j’invite la jeunesse africaine, cette jeunesse  dont je fais partie, à s’armer plus que jamais de courage, à faire davantage preuve d’engagement. Ce dont je suis persuadé, c’est que rien n’est jamais joué d’avance dans la vie, qu’il s’agisse de la vie d’un Homme, d’une nation ou de tout un continent. Pour l’essentiel, je nous invite, individuellement et collectivement, à nourrir une vision, une ambition, un projet pour nous-mêmes, pour notre quartier, notre communauté,  notre pays, notre continent. Nous devons croire fermement en cette vision, en ce projet de sorte à nous lancer à fond dans sa réalisation. Du moment où elle a du sens pour nous-mêmes et apporte un plus à la société, donnons le meilleur de nous-mêmes pour l’accomplir. Rêvons, travaillons, bâtissons, contribuons, participons, agissons, engageons-nous…parce que nous le voulons, parce que nous le pouvons et parce que nous le devons !

Par Alfred Bewindin SAWADOGO, Leader au sein du think tank international MROD/BF, le Mouvement de Réflexion sur les Opportunités de Développement du Burkina Faso

Alfred Sawadogo

Ingénieur d’Etat en Télécommunications, Alfred contribue également à plusieurs magazines et journaux en ligne, publiant des articles traitant des TIC et de l’économie numérique.
Il est également conférencier sur les questions de développement ; J’aborde différentes thématiques allant du leadership à la gouvernance en passant par l’entrepreneuriat des jeunes.
Alfred est actuellement, Président du MROD/BF-section France (Mouvement de Réflexion sur les opportunités de développement du Burkina Faso). Il s’agit d’une tribune de réflexion, d’expression et
de formation pour tous les jeunes burkinabè qui sont désireux d’apporter, d’une manière ou d’une autre, à l’édification du Burkina.

One comment

  1. Bonjour!
    C’est avec un grand intérêt que j’ai lu ces lignes oh combien dignes d’intérêt. Je félicite l’auteur de cet article. J’ai rencontré Alfred et et quand bien même que nous n’avons beaucoup discuté, le peu de temps d’échanges m’a fait voir en lui, un visionnaire, un engagé pour le développement. Alfred, je partage cette ambition que tu nourris pour l’Afrique.
    Je suis actuellement engagé dans un projet visant à donner à accès à l’éducation à des jeunes enfants (9-12 ans) qui n’en ont pas bénéficié. Dans ce projet, j’ai pu observé un fait: l’absence de la mobilisation communautaire pour accompagner l’éducation de leurs enfants.
    Alors j’ai essayé de comprendre pourquoi les populations ne sont pas aussi enthousiastes quant à l’éducation de leurs progénitures. la conclusion à laquelle je suis actuellement arrivée, c’est: LES POPULATIONS SONT BEAUCOUP Déçues DE NOTRE SYSTÈME ÉDUCATIFS (BURKINA FASO). en fait, le système a pendant longtemps fait croire aux populations que leurs enfants devraient tous travailler pour l’État (fonction publique) dans des bureaux. Hélas, la réalité est tout autre. C’est là que se trouve la nécessité pour nos dirigeants actuels de créer “des politiques de jeunesse bien mûries, efficaces et efficientes” dans tous les domaines. Mais comme le dit l’auteur, à la base, chaque citoyen, chaque jeune peut participer au changement en rêvant, travaillant, contribuant, agissant. Courage à toute la jeunesse africaine

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