Mes propositions pour « RE-PANSER » le système éducatif au Tchad

A l’heure où sonne la rentrée des classes en France et un peu partout dans le monde, c’est à la suite d’un superbe article parcouru sur le système éducatif au Mali que je me suis également décidée à en faire autant.

Originaire du Tchad, j’ai plusieurs fois eu la chance de repartir dans ce pays cher à mon cœur et ainsi voir ce qui s’y passait.

Une des tristes réalités à laquelle j’étais confrontée était celle du niveau éducatif des jeunes enfants. Niveau que je qualifierai de critique, pour ne pas dire alarmant.

L’éducation (inspiré du Larousse) fait référence à l’ensemble des connaissances intellectuelles, culturelles, morales acquises et qui vont plus tard participer à la construction de la personnalité d’un individu.

La question de l’éducation et de la formation est primordiale pour qu’un pays puisse se développer positivement. Comme dans une entreprise, la première richesse d’un pays reste sa ressource humaine.

Ne dit-on pas que la jeunesse est l’avenir d’un pays ? Alors pour miser sur un avenir meilleur et prometteur, l’on se doit de commencer par assurer une éducation de qualité à ses enfants puisque l’éducation joue un rôle majeur dans la croissance économique et dans le développement social d’un pays.

Même si des progrès en termes de couverture scolaire ont été notés, il reste cependant encore de nombreuses actions à mener pour espérer tendre vers cette perfection en terme de culture d’éducation d’excellence. Je reste convaincue que si l’on investit dans une éducation de qualité dès le jeune âge, on mise forcement sur un avenir gagnant. On ne peut certes pas revenir en arrière mais il n’est jamais trop tard pour bien faire les choses.

Je ne cesserai de dire que le Tchad est un pays riche car il regorge de jeunes talents dans différents domaines. Mais les résultats catastrophiques du baccalauréat au 1er tour (notamment avec un taux de réussite de de 8,71% pour la session de Juin 2013 et de 19,84% pour celle de 2016) m’ont tout de même laissé confuse.

Ainsi je pense qu’il serait également judicieux pour ce pays de repenser le système éducatif national et investir comme il se doit dans ce secteur déterminant pour son développement.

J’aime beaucoup cette citation de Nelson MANDELA : « l’éducation est l’arme la plus puissante qu’on puisse utiliser pour changer le monde ».

C’est ainsi que j’ai souhaité, au travers de mon humble expérience et vision des choses, proposer quelques idées de réflexion, propositions pour panser ce système éducatif public qui a subi un changement négatif radical.

1 : Solidifier les bases de l’éducation au travers de la petite enfance :

Développer ces bases d’apprentissage pourrait déjà permettre de participer à l’éducation sociale de l’enfant. Même si on remarque souvent que le système des crèches/garderies n’est pas forcément développé en Afrique, et plus particulièrement au Tchad (comme en Europe) compte tenu de solutions adaptées au mode de vie local, les enfants demeurent tout de même une des catégories les plus exposées aux difficultés en Afrique.

Chaque enfant qui naît a des droits. Et même si à cet âge le plus grand travail d’éducation se fait par les parents, l’enfant arrive dans un univers (par exemple en maternelle) où il sera confronté à de nouveaux regards et où il entamera son processus de sociabilité bien loin de son entourage habituel.

C’est en ce lieu que l’enfant se familiarisera avec l’apprentissage des bonnes manières, des habitudes, et des savoirs vivres en public. Il apprendra les règles également de la communication et toutes les activités pouvant favoriser son éveil. Et pour cela, une meilleure formation du personnel est primordiale. Bien souvent à N’Djamena (capitale du Tchad), j’entends certains parents se plaindre du fait que leur enfant ait été « victime » d’un mauvais traitement de la part du personnel (vol d’objets personnels, traitements corporels non justifiés, manque de justesse dans son autorité…) Ainsi, il y va du rôle important du personnel encadrant de réussir à gérer ces genres de situations et de montrer l’exemple.

2 : Faire de l’école un lieu d’équité et de justice sociale :

  • Permettre une école pour tous gratuite et obligatoire à un certain âge :

Le système public Tchadien reste malheureusement en recul par rapport au privé. Je ne dis pas là qu’en terme de qualité d’enseignement le privé est forcément meilleur. Mais encore bien souvent au Tchad, les parents aisés n’hésitent pas à payer cher des années scolaires à leurs enfants pour leur permettre d’accéder à des enseignements de qualité : ce qui est devenu un véritable business lucratif dans le pays. Et malheureusement, ce sont, une fois de plus, les enfants de parents à faible moyens qui en paient le prix fort : une certaine inégalité qui s’installe déjà dès le début : favorisant ainsi une éducation à double vitesse.

  • Proposer une meilleure formation des enseignants et du personnel encadrant:

Une formation aussi bien axée sur l’aspect pratique et technique des cours dispensés que sur l’aspect personnel. Quand je parle « d’aspect personnel », je souhaite souligner entre autre le comportement parfois non exemplaire de certains professeurs : ce qui bien souvent laisse un impact négatif sur les élèves et encouragerait à la déviance. Les professeurs sont avant tout des personnes qui transmettent un enseignement, un savoir et la plupart d’entre eux devraient apprendre à fixer certaines des limites relatives à leur vie privée et professionnelle.

  • Améliorer les conditions de vie lors des cours :

Bien souvent, certaines écoles du public font face à des sureffectifs dans les classes : situation extrêmement difficile aussi bien pour les professeurs que pour les élèves. Cela passe entre autre par :

  • la construction d’écoles supplémentaires
  • l’ouverture de classes permettant ainsi de lutter contre le sureffectif
  • le refectionnement de certains établissements vétustes
  • les dotations en nouveaux matériels qui pourraient déjà permettre aux écoliers de travailler dans le minimum de confort requis
  • Intensifier les sensibilisations à la scolarisation des jeunes filles :

africa-866604_960_720Malheureusement au Tchad comme dans la plupart des pays d’Afrique subsaharienne, la scolarisation des filles reste encore un problème prédominant. Même si l’on voit des actions se mettre en place, dans les zones rurales par exemple, le nombre de jeunes filles n’ayant pas encore accès à l’école est alarmant. Ainsi investir massivement et redynamiser la scolarité chez les filles permettra de lever les barrières et faire prendre conscience aux personnes que l’accès à l’éducation est non seulement un droit pour l’enfant mais surtout un gage de réussite menant vers de belles opportunités. Pour certains parents l’avenir de la fille se résume au mariage, à la maternité et à la vie de foyer. Et pour cela, l’intervention de plusieurs acteurs, politiques couplée à d’autres, en ce sens permettra de faire avancer plus rapidement et efficacement les actions.

  • Revoir le programme d’enseignement en incluant une éducation civique et patriotique :

Avant toute chose comment peut-on demander aux jeunes de s’intéresser à leur pays si on est incapable de leur enseigner l’histoire, la géographie, la culture du pays ? Il est donc essentiel d’enseigner aux jeunes enfants les matières qui leur permettront de mieux connaitre leur pays. Pour faire face aux enjeux de la mondialisation et de toutes les conséquences qui en découlent, le Tchad a besoin de se doter de personnes responsables et engagées. L’école va donc jouer un excellent rôle formateur. Les enfants doivent se sentir impliqués civiquement dans le développement de leur pays et en être fiers car avant de savoir où l’on veut aller, il est primordial de savoir d’où l’on vient.

3 : Développer l’esprit d’entreprise au travers d’une meilleure offre de formation

Redonner le goût d’étudier aux jeunes enfants face à un laxisme qui prend de l’ampleur

On entend bien souvent dire que les élèves ne réussissent pas parce qu’ils ne sont pas motivés. Or c’est à se demander si finalement ils ne sont pas motivés par ce qu’on ne leur donne pas envie d’étudier et qu’on ne leur transmet pas l’envie de réussir. Échouer est un facteur déterminant de démotivation. Ainsi donc, accompagner les enfants en cas de difficultés rencontrées (ce qui peut arriver) et les aider à trouver en eux leurs talents et leurs goûts pour un certain domaine d’étude est essentiel.

Quelques solutions sont possibles :

  • proposer des activités extrascolaires afin de leur permettre de coupler leur dynamique, motivation à d’autres activités : sport, théâtre, musique, chant, danse, bénévolat, ateliers créatifs….
  • Proposer des ateliers en petits groupes permettant ainsi aux enfants de laisser libre recours à leurs imaginations et ainsi pouvoir apprendre à parler en public, donner son avis, proposer des idées…
  • Responsabiliser, motiver et impliquer davantage les enfants dans la vie de leurs classes
  • Impliquer davantage les parents dans la formation scolaire de leurs enfants via un meilleur suivi scolaire tout en permettant à leurs enfants de se responsabiliser
  • Travailler encore plus les langues : française et autres langues étrangères leur permettant de mieux pouvoir s’exprimer et s’ouvrir au monde

Inclure les nouvelles technologies dans leurs cursus d’apprentissage

Aujourd’hui, il va sans dire que les nouvelles technologies sont indissociables du développement du continent. Ils permettent de se former aux métiers de demain. Ainsi, pour espérer voir se développer les métiers de demain sur son sol, il serait aussi important de pouvoir les former dès le jeune âge : d’autant plus qu’ils sont curieux, motivés et apprennent vite. Les technologies sont un excellent facteur d’apprentissage rapide et efficace chez les jeunes enfants.

Proposer des filières en alternance :

Cela permettrait aux jeunes de coupler les formations théoriques et pratiques afin de mieux appréhender le monde professionnel et les préparer efficacement pour leur entrée sur le marché du travail (aussi bien pour les formations courtes que longues).

Proposer un meilleur système d’orientation des jeunes et diversifier les offres de formations post-bac :

En effet, au Tchad il existe bien évidemment, comme un peu partout en Afrique des formations que je qualifierai de « traditionnelles » (le droit, la médecine…) mais pas assez de formations d’excellences dans des domaines variés.

Certains pays tels que le Sénégal ou encore la Côte d’Ivoire propose des formations d’excellences et reconnues sur leur territoire et peuvent ainsi permettre d’éviter la fuite de leurs cerveaux. L’orientation au Tchad reste critique et malheureusement bon nombre de jeunes se retrouvent à faire des formations par défaut, où d’autres se retrouvent confrontés à aller étudier ailleurs.

L’on pourrait promouvoir des filières plutôt techniques (dans les différents secteurs : primaires, secondaires et tertiaires) et qui sont sources d’employabilité importantes.

Et enfin, le meilleur pour la fin : sensibiliser les écoles, universités… à l’entrepreneuriat en proposant par exemple des cours d’initiation à ce domaine

En tenant compte des besoins de l’économie et de son désir de réussite, l’éducation nationale passera aussi par un système de sensibilisation à l’entrepreneuriat. Même si l’objectif n’étant pas de former forcement de futurs entrepreneurs, les initier à l’entrepreneuriat, leur permettrait de se familiariser au monde de l’entreprise et de commencer à travailler à l’avance sur leur projet professionnel.

Les jeunes adopteraient une posture plus professionnelle et faire émerger déjà quelques belles idées : véritable gage de réussite. Et qui sait, l’on pourrait faire naître des vocations et des emplois. Car le taux de chômage des jeunes au Tchad est u problème majeur, et on se doit de créer des emplois. Ainsi la création de ses emplois passera par la naissance de petites et moyennes entreprises : principales sources de recrutement et de création de richesses.

Sandrine NAGUERTIGA

Consultante et formatrice, je suis passionnée par tout ce qui attrait au digital. Tech-entrepreneure et blogueuse (Mondoblog-RFI), j’accompagne les porteurs de projets dans leurs projets de créations d’entreprises et les entreprises dans leur stratégie de communication digitale. Je fais partie de ces personnes qui croient en cette Afrique fascinante et aux nombreux talents cachés mais bel et bien présents. C’est une des raisons pour lesquelles j’ai choisi, à travers la création d’ “Entreprendrelafrique.com” de contribuer à la promotion de cette Afrique qui inspire et qui gagne. Je communique tant par passion que par détermination, ce qui fait qu’il est très difficile de m’arrêter quand je me lance.

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